21 septembre 2010
"Facteur humain"

J'y connais rien à l'étude de l'interaction des comportements humains avec leur environnement mais samedi dernier je suis allé dans la petite salle d'À La Folie Théâtre à Paris pour voir la pièce "Facteur humain" de Thierry Janssen. Une pièce vraiment particulière et ceci d'entrée de jeu puisque dans la petite salle de ce théâtre on est assis sur des marches (avec des coussins sous les fesses quand-même) et tout le reste de la salle est la scène. En gros, si ce n'est la hauteur des marches, il n'y a aucune séparation entre le public et les comédiens et dès qu'on rentre dans la salle, deux des comédiens de la pièce sont assis dans un canapé en train de manger sans rien dire et le temps que tout le monde s'installe, on observe manger ces deux personnages impassibles. Assez particulière mais excellente façon de mettre dans l'ambiance de cette pièce qui, je le disais, est vraiment spéciale.
Donc ces deux personnages sont une mère et un fils, l'une est accroc aux anti-dépresseurs et autres anxiolytiques ainsi qu'au film "Le Magicien d'Oz" (et surtout à son actrice principale Judy Garland), l'autre construit une soucoupe volante dans son jardin, persuadé d'être issu de l'union entre sa mère et un extra-terrestre, cette dernière soutenant tout à fait son fils dans sa tâche. Pour occuper sa vie terrestre, hors la construction de cette soucoupe, Ludovic, le fils, envoie fréquemment des rapports à son peuple (à l'aide d'un étrange casque de sa fabrication) sur les travers des terriens, si possible les pires faits divers qu'il trouve et découpe dans les journaux. D'ailleurs, il aide aussi à tenir le kiosque à journaux de sa mère quand celle-ci est trop chargée en médicaments. Ludovic est parfaitement cynique sur l'espèce humaine et se dit dépourvu d'émotions, son seul souhait étant de partir au plus vite de cette planète pour rejoindre son père. C'est en remplaçant une nouvelle fois sa mère au kiosque à journaux qu'il va rencontrer la très énigmatique Cendre, une fille assez déjantée qui semble en connaître beaucoup sur la vie de Ludovic. Cette rencontre va chambouler profondément la vie de Ludovic qui va en apprendre un peu plus sur sa famille... jusqu'au drame.
Ouais OK, ça fait assez glauque raconté comme ça... et ça l'est mais on se surprend à rire plusieurs fois dans cette pièce qui est bourrée d'humour noir. Mais c'est vrai qu'il y a aussi beaucoup de scènes où on se sent limite gêné. Cependant, malgré l'ambiance particulière et l'histoire profondément originale, j'ai eu du mal à rentrer dans la pièce et à savoir si je l'avais aimé ou non jusqu'au dénouement final qui a rattrapé totalement mes incertitudes, j'ai trouvé la fin vraiment excellente! On comprend d'un coup toutes les zones d'ombres de l'histoire qui pouvait paraître juste totalement barrée et surréaliste et qui devient d'un coup un fait divers qui pourrait tout à fait exister dans le réel. Par exemple, cette histoire de construire une soucoupe volante dans son jardin avec le soutien de sa propre mère m'a trop fait penser au célèbre épisode "La soucoupe et le perroquet" de l'émission belge Strip Tease. L'auteur de la pièce étant belge, ceci explique certainement cela. Par contre la mise en scène était un peu amateur par moment, il y avait parfois des images diffusées sur le mur du fond et on voyait à chaque fois les instructions du logiciel vidéo, si ce n'est carrément des vidéos qui partaient trop vite ou trop tard. Il y avait aussi un système de plafonniers que les acteurs actionnaient et ils tâtonnaient souvent plusieurs secondes avant de trouver le bouton.
J'y connais toujours rien mais ce n'est certes pas le moyen le plus festif de passer son samedi soir, cependant cette pièce vaut vraiment le coup rien que pour l'ambiance et son final très efficace.
"Un Conte d'Enfer!"

J'y connais rien aux contes de Perrault mais la semaine dernière je suis allé voir la pièce "Un Conte d'Enfer!" de et avec Vincent Varinier, qui se jouait au Théâtre Le Méry à Paris, une petite salle sympathique qui vibre quand le métro arrive à la station Place de Clichy juste à côté et dans laquelle j'avais vu la pièce "Les 4 Deneuve" il y a 2 ans.
"Un Conte d'Enfer!" raconte l'histoire de William (joué par l'auteur de la pièce), descendant de l'illustre conteur Charles Perrault, qui investit la maison qu'il a hérité de sa tante tout juste décédée. Il est accompagné de son ami Albert, un grand crétin mais néanmoins sympathique. Ce dernier part dormir dans une des chambres de la maison tandis que William s'assoupit dans le canapé de la bibliothèque en lisant une des éditions originales d'un recueil des contes de son aïeul. Il est réveillé en pleine nuit par le corps inerte de quelqu'un posé sur lui, il pense que c'est Albert qui a eu les chocottes de dormir tout seul mais surprise, c'est une inconnue habillée bizarrement qui dit se prénommer Aurore, qui est visiblement atteinte de narcolepsie et qui en plus prétend s'être assoupie depuis près de 3 siècles. William pense avoir affaire à une toxicomane en manque mais débarque alors son pote Albert qui se plaint d'avoir été réveillé par une boniche accompagnée d'une souris qui parle. Nos deux compères vont alors passer la pire nuit de leur vie car ce n'est pas tout, une gendarmette tenace (et un poil nymphomane) va leur tenir la jambe car d'autres évènements curieux sont en train de survenir au même moment dans le village où se trouve la maison : 7 personnes de petites taille ont attaqué un des magasins tenu par une dame qui a été mangée par un loup lequel a été retrouvé dans le lit de la victime habillé des vêtements de cette dernière, 3 porcs ont dévalisé un magasin de bricolage pour s'adonner à une construction en béton, une vieille dame distribue des pommes à tout le monde, etc...
On a là une pièce vraiment très drôle avec un petit hommage aux contes de Perrault mais aussi à d'autres grands conteurs puisque nous avons également des références aux contes des frères Grimm (qui se sont d'ailleurs réappropriés certaines histoires de Perrault comme par exemple "La Belle au bois dormant" ou "Cendrillon") ou à d'autres auteurs moins connus mais dont les histoires ont été popularisées par les films d'animation des studios Disney. D'ailleurs, c'est dommage que l'histoire ne soit pas concentrée uniquement sur les contes de Perrault, au final on a plus l'impression d'un hommage à Walt Disney qu'autre chose : mélanger les personnages de "Bambi", de "La Belle au bois dormant", du "Petit Chaperon rouge" ou de "Dumbo" aide à pas mal de ressorts comiques mais prête aussi à confusion par rapport au point de départ de la pièce. Mais bon qu'importe, la pièce reste bien écrite tout de même, rarement vulgaire et, comme je le disais au début, vraiment marrante avec des personnages assez loufoques. Il y a juste les quelques références à la télé réalité que j'ai trouvé un peu lourdingues, il faut dire que j'exècre ce genre d'émissions donc bon...
J'y connais toujours rien mais voilà donc une petite comédie plutôt réussie et bien jouée!
15 septembre 2010
"La médaille"

J'y connais rien aux récompenses mais hier soir je suis allé au Théâtre du Rond-Point à Paris pour voir la pièce "La médaille", d'après le roman de Lydie Salvayre, mise en scène par Zabou Breitman.
Le principe de "La médaille" est simple : les dirigeants d'une usine automobile organisent une remise de médailles du travail à quelques uns de leurs ouvriers les plus méritants, disons en tout cas ceux ayant quelques décennies de service dans l'entreprise. Chacun des médaillés va alors nous raconter sa petite histoire. Mais la cérémonie risque d'être chamboulée, en effet une révolte commence à gronder dans les ateliers juste à côté.
L'originalité de la pièce est que nous public on a vraiment l'impression de venir assister à cette cérémonie car dès que l'on rentre dans la salle le décor est posé (des chaises, des boules à facette, un micro devant la scène, des enceintes, ...), il n'y a pas de rideau, de la musique est diffusée et certains protagonistes de la pièce sont déjà présents sur scène et attendent vraiment que tout le monde soit installé pour commencer. Sinon à part ça... bah pas grand chose en fait. Les histoires racontées par les différents personnages ne sont pas particulièrement passionnantes voire franchement ennuyeuses au bout de 10 minutes de monologue et j'ai trouvé l'humour noir disséminé tout le long assez raté. La caricature des managers de l'usine est assez grossière aussi mais il y a quand même quelques répliques et situation assez drôles ça et là. En somme une pièce qui, sans être mauvaise, ne laissera aucun souvenir impérissable ni à moi ni au reste du public d'après les commentaires que j'ai entendu ça et là en sortant.
J'y connais toujours rien mais un truc qui a été bien saoulant, c'est les nanas devant moi qui regardaient leur page facebook toutes les 5 minutes sur leur iPhone. Outre le manque de respect, mine de rien, quand on est plongé dans le noir ça attaque bien les yeux la lumière dégagée par ces saloperies!
14 septembre 2010
"Le Grand Retour de Boris S."

J'y connais rien aux initiales mais samedi dernier je suis allé voir la pièce "Le Grand Retour de Boris S." de Serge Kribus au théâtre Le Proscenium à Paris, un petit théâtre du style Café D'Edgar mais avec des sièges de cinéma bien confortables et beaucoup de place pour les jambes... enfin spécialement pour moi avec mon mètre 12.
L'histoire du "Grand Retour de Boris S." est celle d'un père veuf, Boris Spielman, qui vient rendre visite à son fils Henri à l'improviste et qui a bien l'intention de venir s'installer chez ce dernier quelques semaines voire quelques mois. En effet, Boris, qui est comédien, a enfin retrouvé un grand rôle dans un théâtre non loin de là en tant que protagoniste principal du "Roi Lear" de Shakespeare. Sauf que Henri son fils ne voit pas du tout d'un bon oeil cet envahissement de son espace personnel car d'une part, il vient tout juste de se faire plaquer par sa femme et vient également de perdre son emploi et n'ose pas le dire à son père et d'autre part, ses relations avec ce dernier sont assez conflictuelles. Boris est assez fantaisiste, un poil envahissant et parle souvent du passé notamment sur la judaïcité de la famille et des souffrances endurées par le peuple juif alors que son fils est plus terre à terre, peu intéressé par l'histoire familiale et de nature assez colérique. Cependant, il finira par accepter chez lui son père et les deux hommes apprendront à mieux se connaitre au cours d'une nuit assez agitée.
On a là une petite pièce mi-douce mi-amère servie par deux bons comédiens, surtout celui qui joue le fils Spielman et qui interprète son rôle de façon vraiment juste. Le comédien qui joue le père est bon également mais le personnage étant plus fantasque, l'interprétation est forcément un peu plus caricaturale. En tout cas j'ai vraiment bien aimé l'ambiance générale de la pièce, j'avais un peu peur que ça tourne trop autour de considérations plus ou moins appuyées sur la Shoah mais en fait on a surtout des discussions animées entre un père et un fils qui se connaissent finalement très mal et dans lesquelles quiconque a connu ce genre de tensions avec son paternel se reconnaitra. Les décors étaient simples mais bien foutus et assez ingénieux, les changements de ces décors étaient juste un peu longs par moment mais rien de bien méchant.
Bref, j'y connais toujours rien mais si vous aimez le théâtre un peu intimiste sans être pompeux, cette pièce devrait vous convenir!
13 septembre 2010
"Merci pour tout"

J'y connais rien à la gestion des ressources humaines mais, il y a quelques jours, je suis allé voir la pièce "Merci pour tout" de David Basant qui se jouait à la Grande Comédie à Paris. Une salle un peu vide malheureusement comparé à sa capacité et à la sympathie de la pièce.
"Merci pour tout" commence par la scène d'un homme qui se fait couronner d'éloges par son patron qui pourtant lui annonce dans la foulée qu'il est renvoyé. La lumière s'éteint et un écran au fond de la scène nous indique que nous sommes projetés 2 ans en arrière. Nous retrouvons notre protagoniste principal et nous apprenons qu'il se nomme René-Pierre. C'est une sorte de jeune-vieux garçon qui vit seul dans son studio avec sa guitare (avec laquelle il joue et chante essentiellement du Georges Moustaki) comme seule compagne. Visiblement le bonhomme vient de sortir tardivement d'une pauvre école de commerce et n'a jamais connu le monde du travail. Pour couronner le tout, c'est un fils à papa, lequel l'appelle constamment. On apprend qu'il doit passer un entretien d'embauche dans la société cosmétique P'Oméal mais cet entretien se passe de façon assez catastrophique, René-Pierre n'étant absolument pas à l'aise et assez gaffeur, bref un bon gros looser. Tout est perdu pour lui a priori sauf que la femme qui lui fait passer son entretien d'embauche reçoit un coup de fil du big boss de P'Oméal qui lui annonce qu'elle doit absolument donner le poste au jeune homme. On apprendra plus tard que le père de René-Pierre possède une imprimerie qui est un des principaux fournisseurs de la société. La suite de la pièce nous fait suivre sur 2 ans les péripéties du jeune homme dans le monde de l'entreprise, ses rencontres avec différents personnages féminins telles que sa directrice marketing à l'humour graveleux, sa soeur catho envahissante, sa coach de développement personnel aux méthodes un peu new age, etc... Mais on assistera aussi aux déboires sentimentaux de René-Pierre qui, coaché par son meilleur ami, essayera de trouver l'âme-soeur sur le réseau Meetic.
Comme peut le faire transparaitre mon résumé, on a affaire à une comédie assez dans l'air du temps mais bien plus fine que d'autres comédies du genre et jamais vulgaire pour un sou (si ce n'est les blagues de Marie-France, la directrice marketing). On peut même dire que certaines situations sont assez criantes de vérité et personnellement je me suis assez attaché voire identifié au personnage de looser qu'est René-Pierre dans le côté mal à l'aise dans les relations humaines et totalement maladroit. Même s'il a été embauché par piston, malgré lui ceci dit, et qu'il est issu d'une bonne famille ça n'en est pas moins un brave type qui enchaine les gaffes de façon assez touchante. La bonne idée de la pièce est cet écran sur le mur du fond qui nous diffuse tantôt des statistiques sur le monde l'entreprise, tantôt des séquences filmées façon caméras de surveillance ainsi que quelques autres éléments qui nous plongent bien dans l'ambiance. Nous sont diffusées aussi les séances de t'chat entre René-Pierre et ses conquêtes Meetic qu'il n'arrivera jamais à concrétiser dans le réel dont une certaine Sophie qui l'aidera à surmonter les difficultés un moment jusqu'à une révélation douloureuse et cruelle. A noter que tous les personnages féminins de la pièce sont interprétés par une seule et même personne, Sophie Legrand, qui est vraiment excellente dans tous les rôles, passant naturellement de la catho coincée (en apparence), à la féministe graveleuse ou encore à la bimbo. Pas moins de 6 rôles différents pour cette comédienne, chapeau!
J'y connais toujours rien mais voilà donc une comédie qui n'enchaîne certes pas constamment l'hilarité dans le public mais qui est suffisamment fine et bien menée par l'énergie des 2 acteurs pour valoir le déplacement!