17 novembre 2008
"Pourquoi j'ai mangé mon père"

J'y connais rien au cannibalisme mais je suis allé à la Manufacture des Abbesses jeudi dernier à Paris pour voir la pièce "Pourquoi j'ai mangé mon père" d'après le texte de l'auteur anglais Roy Lewis avec le comédien Damien Ricour seul sur scène. Celui-ci joue le rôle d'Ernest, un homme en costume qui vient nous tenir une conférence au sujet du Paléolithique Inférieur et plus particulièrement des pithécanthropes, une sorte d'Homo Erectus. Et Ernest connaît bien le sujet puisqu'il a lui-même vécu cette période qu'il va nous raconter : il nous dira comment il chassait le mammouth avec son père, comment son frère s'est fait manger par un lion, comment il a rencontré Griselda sa femme qu'il a du conquérir des jours et des nuits, comment son père a découvert le feu et a brûlé entièrement la forêt, comment la quête de l'évolution de ce dernier et son invention de l'arc et des flêches a mené sa famille à le tuer, etc...
Avec son humour décalé et la transposition du langage des hommes modernes au temps de la préhistoire, ce texte écrit dans les années 50 est une sorte de parabole sur les dérives de l'homme moderne qui utilise à mal les avancées technologiques. Mais c'est aussi une réflexion pleine de tendresse et d'humour sur les relations père-fils, sur la famille en général, sur le débat entre les progressistes et les conservateurs, etc... Mais ce qui est le plus marquant dans cette pièce, c'est la performance d'acteur que livre Damien Ricour! Ce gars est seul sur scène avec juste une plante verte, un tabouret et un balai autour de lui et il nous joue une multitude de personnages à lui tout seul en plus de faire tous les bruitages et même la musique à la bouche! Il n'arrête jamais, ce qui pourra peut-être en gaver certains à un moment donné mais personnellement j'ai trouvé ça très fort, il arrive vraiment à nous faire imaginer des scènes, des protagonistes et des décors rien qu'avec sa gestuelle et sa voix! Et certaines scènes sont délicieusement absurdes et la fin particulièrement émouvante.
J'y connais toujours rien mais voila donc une pièce très originale que je recommande vraiment!
13 novembre 2008
"Bastringue"

J'y connais rien au ménage mais hier soir je suis allé au Théâtre de l'Étoile du Nord à Paris pour voir la pièce "Bastringue" d'Alexis Ragougneau mise en scène et jouée par la sympathique troupe d'Acte6 que j'avais déjà eu l'occasion de voir à l'oeuvre dans les pièces "Les courtes lignes de Monsieur Courteline", "L'homme qui a vu le Diable" et "Jules César" et dont tous les costumes avaient été conçus par ma petite soeur. La pièce dont je vais parler ne déroge pas à cette règle! L'histoire de "Bastringue" commence dans les tranchées côté français en 1917. Le soldat "Gueule d'Amour" est récupéré défiguré et muet par l'armée allemande qui croit que c'est un des leurs et qui veut exploiter son image pour en faire un héros grâce au cinéma. Elle fait pour cela appelle au réalisateur de films documentaires de guerre Fritz Spau qui, quant à lui, voit en Gueule d'Amour, renommé pour l'occasion en Ernst Deutsch, une aubaine pour tourner à Berlin son film d'horreur expressionniste rêvé d'après le livre de Mary Shelley. Mais le cinéma muet devient vite dépassé par le cinéma parlant en même temps que monte le nazisme dans le pays, lequel a une vision et une utilisation bien précises du cinéma.
Cette pièce est vraiment particulière : passant d'une pure veine comique où on peut voir par exemple des soldats français à poil entamer une chorégraphie digne de danseuses étoile à des passages vraiment durs où on peut assister à une scène de torture plutôt très convaincante ainsi qu'à des scènes totalement absurdes et irréelles. On est transporté comme dans un rêve en différents lieux : les tranchées, un hôpital, une salle de cinéma, un cabaret-maison close, etc... mais aussi dans le temps puisque la pièce commence en 1917 pour finir au milieu des années 30. Les références à la culture allemande de cette époque sont nombreuses rien qu'avec le nom des personnages puisque le réalisateur Friz Spau fera immanquablement penser à Fritz Lang, pour le personnage du docteur Gubbels, devenant chantre de la propagande nazie, il n'y a pas besoin de dire à qui il fait référence. On voit même vers la fin de la pièce, une réalisatrice allemande du nom de Lotte Riffenstuhl qui est évidemment une référence directe à la célèbre réalisatrice Leni Riefenstahl. Bref, les émotions sont plutôt variées dans cette pièce tout comme les costumes allant des uniformes de militaires français et allemands aux tenues excentriques des travestis du cabaret en passant par le look de monstre de Frankenstein de Gueule d'Amour. Les décors sont relativement simples mais plutôt bien utilisés, de plus il y avait un pianiste sur scène qui contribuait grandement à l'ambiance particulière de cette pièce. Car en plus, comme je le disais, il y a des passages vraiment à la limite de l'absurde où le réel se mélange au théâtre comme la scène finale mais je n'en dis pas plus! Sinon les acteurs sont vraiment bons surtout celui qui joue les différents commandants des armées ainsi que le travesti/magicien/propriétaire du cabaret. Par contre la pièce est un peu longue puisqu'elle dure 2h10 sans entracte et il y a un petit passage à vide au milieu j'ai trouvé mais on ne voit finalement pas tellement le temps passer.
J'y connais toujours rien mais voilà une pièce qui ne laisse pas indifférent et qui mérite vraiment d'être vue! Je ne dis pas ça parce que ma soeur a (très bien) bossé dessus... mais quand-même, viendez et ramenez vos amis!
05 novembre 2008
"Noces de sable"

J'y connais rien aux roches sédimentaires mais hier soir je suis allé voir la pièce "Noces de sable" de Didier van Cauwelaert qui se jouait au Théâtre des Deux Rêves à Paris. L'histoire est celle de deux paumés : il y a Sylvie, écrivain, qui a perdu son inspiration depuis que son amant l'a quitté et qui prépare son suicide et il y a Bruno, un jardinier assez "simple", complètement obnubilé par sa femme qui le trompe avec son patron et qui du coup veut lui aussi en finir avec la vie. Mais finalement, ces deux personnes ne vont pas aller au bout de leur acte. Sylvie a encore l'espoir de retrouver l'inspiration qui ne peut se produire qu'avec un modèle vivant devant les yeux et elle passe alors une petite annonce dans le journal pour trouver un jardinier pour s'occuper du jardin de sa maison d'enfance située au bord de la mer pendant une période limitée. Bruno, qui cherche plus ou moins du travail et qui correspond tout à fait au profil de Sylvie (un gars paumé comme elle en gros), accepte l'emploi mais il se rend compte en arrivant sur place qu'il n'y a pas de jardin mais il accepte tout de même par défi de tenter de faire pousser quelque chose parmi le sable. Pas aussi bête qu'il n'y parait, il comprend vite qu'il est en quelque sorte le cobaye de Sylvie et que celle-ci fait exprès de déclencher certaines situations pour s'en inspirer dans son roman. Mais rapidement, les dominances vont s'inverser... Malgré un début un peu laborieux, j'ai vraiment bien apprécié cette comédie dramatique et sexy servie par deux bons jeunes acteurs. Il y a des moments tantôt drôles (avec un comique basé sur des instants assez pathétiques), tantôt émouvants et tantôt assez durs. On en ressort de là assez conquis même si j'ai trouvé la fin de l'histoire un peu bâclée et comme pour "Théatro", on ne savait pas si c'était vraiment fini et s'il était temps d'applaudir mais heureusement il n'y a pas eu de malaise et les comédiens sont rapidement venus saluer le public avec assez d'enthousiasme.
J'y connais toujours rien mais voila une pièce bien sympathique avec de beaux moments d'émotion et Emmanuelle Bodin, l'actrice qui joue Sylvie, est assez charmante. Par contre prévoyez les lampes de poche, le Théâtre des Deux Rêves est un tout petit théâtre où il faut se placer quasiment dans le noir complet et il y a quelques marches pernicieuses!
"Hors piste"

J'y connais rien aux sports d'hiver mais la semaine dernière je suis allé au Théâtre de la Renaissance à Paris pour voir la pièce "Hors piste" d'Eric Delcourt. "Hors piste" raconte l'histoire de Tom qui a fait fortune grâce à sa société qu'il a revendu à Microsoft et qui, pour fêter sa réussite, invite dans son chalet au coeur des Pyrénées trois de ses amis perdus de vue depuis 10 ans. Il y a tout d'abord Stan (joué par Eric Delcourt lui-même), le désabusé et dépareillé à l'humour cynique (et assez foireux); il y a ensuite Francis, le multi-marié qui s'improvise impresario de sa future (énième) épouse Blandine, un mélange entre Amy Winehouse et Forrest Gump, boulangère de profession, et qui s'essaye à la chanson avec son single composé par Francis qui fera d'elle, à n'en point douter, une superstar; et enfin il y a Cookie, la belle trentenaire qui a eu une liaison avec presque tout ce beau monde. Pour sceller ces retrouvailles et les rendre inoubliables, Tom propose à ses amis de monter au sommet d'une montagne en hélicoptère et d'y descendre en hors piste. Évidemment, l'idée n'enchante pas tout le monde, surtout pas Stan, mais Tom rassure tout ce monde en leur disant qu'ils seront accompagnés par un guide confirmé qui se trouve être un petit bonhomme bien porté sur la bouteille. Bref, entre hypocrisie ambiante et randonnée qui s'annonce dantesque, ces retrouvailles risquent effectivement d'être inoubliables...
...Inoubliables mais pas vraiment pour le public, du moins en ce qui me concerne et les gens qui étaient autour de moi et qui à l'entracte n'étaient pas des plus enthousiastes. En effet, la pièce peine à démarrer et d'ailleurs elle ne décolle jamais vraiment ce qui est d'autant plus dommageable qu'elle dure près de 2h30 avec l'entracte! Heureusement, il y a tout de même des moments assez drôles notamment avec le personnage de Blandine qui est too much mais plutôt amusant. Pour le reste, c'est une comédie assez convenue sur le thème de l'hypocrisie et des amitiés fragiles, un peu du même niveau que la pièce "J'aime beaucoup ce que vous faites" qui ne m'avait pas non plus emballée des masses malgré de bons moments tout de même.
J'y connais toujours rien mais peut-être aussi que c'est le fait d'être assez mal placé qui ne m'a pas aidé à rentrer complètement dans la pièce. En effet, j'étais au dernier balcon qui se trouve quand-même au bout de 5 étages! Du coup quand les acteurs étaient au fond de la scène, on ne voyait pas leur tête et j'ai choppé un mal de dos monstre au bout de 2h. Bref, si vous allez au Théâtre de la Renaissance, n'hésitez pas à payer un peu plus cher la place pour éviter de vous retrouver en 5e catégorie. En même temps, pour Fabrice Luchini dans la même salle, je m'étais retrouvé pas trop mal placé en première catégorie pour quasiment le même prix, va comprendre!
24 octobre 2008
"Théâtro"

J'y connais rien aux élections présidentielles de 1981 mais, hier soir, je suis allé au Théâtre Essaïon à Paris pour voir la pièce "Théâtro" de et avec Stavros Bratsiotis. L'histoire se passe en 1980, le soir ou le lendemain de l'annonce de la candidature de Coluche aux prochaines élections présidentielles. Lors de la fête des fiançailles de sa fille, François de Mortange s'isole avec son futur gendre Michel pour une discussion entre hommes. Michel, un jeune homme à l'avenir politique visiblement prometteur, est très remonté contre cette candidature alors que Monsieur de Mortange, un vieux loup très cynique qui lui a bien connu le pouvoir, jubile. Cependant, la discussion ne s'attardera absolument pas sur cette candidature de Coluche et les deux hommes se lanceront dans une grande discussion de plus en plus vive sur des sujets philosophiques divers telle que la représentation théâtrale de la justice et de la politique de l'antiquité à nos jours. Et surtout, au fur et à mesure des débats, les masques tomberont et les faces les plus sombres de chacun se dévoileront.
Attention, pièce très noire en vue! Elle met un peu de temps à démarrer puis les discussions entre les deux personnages deviennent plus animées et l'atmosphère de plus en plus dérangeante. Les deux acteurs sont vraiment bons, les sujets abordés sont très actuels et certaines réflexions philosophiques très intéressantes, on peut dire à ce niveau que le texte est bien foutu. Mais j'ai trouvé ça un peu trop... pompeux par moment et les réactions des personnages trop exagérées, surtout celles de François de Mortange dont le cynisme est à son comble. Mais on a là une pièce de théâtre qui fait réfléchir et qui ne laisse pas indifférent. De toute façon, pour 3€ l'entrée grâce à billetreduc je ne pouvais pas faire la fine bouche et je trouve cela plutôt enrichissant de passer d'un théâtre léger comme "Les deux canards" que j'ai vu deux jours auparavant et ce théâtre au complet opposé.
J'y connais toujours rien mais j'ai eu un peu mal pour les acteurs car on n'était que 7 ou 8 dans la salle et personne n'a osé applaudir quand les lumières se sont éteintes à la fin, y a juste un gars qui a commencé à applaudir timidement mais qui a coupé direct quand il s'est rendu compte qu'il était le seul, moi j'ai honte mais c'est parce que j'osais pas applaudir au mauvais moment et que je n'étais pas du tout sûr que la pièce était terminée. Bref, ça s'est fini dans ambiance vraiment très bizarre et froide, j'entendais même chuchoter les acteurs derrière la scène qui devaient se demander si ça valait le coup de venir saluer sur scène, ce qu'ils ont heureusement fait mais l'enthousiasme n'était pas là.